23 février 2009
LUTTES DES CLASSES EN GUADELOUPE
DERNIÈRES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES D’AMÉRIQUE :
INTENSES LUTTES DE CLASSES EN GUADELOUPE
Le 20 janvier 2009, le LKP, le mouvement contre l’exploitation outrancière, (en créole, le Liyannaj Kont pwofitasyon), déclenchait une grève générale en Guadeloupe. Le LKP est un collectif groupant 49 organisations syndicales et associations politiques et culturelles. Son porte parole, Elie Domota, est le secrétaire générale du syndicat majoritaire de la Guadeloupe, l’UGTG (Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens). Ce collectif a été créé en décembre 2008 à l’occasion des premiers mouvements de protestations contre la vie chère et les prix de l’essence en Guadeloupe. Depuis, d’autres collectifs ont vu le jour en Martinique (le collectif du 5 février), à Saint-Martin (Collectif du 11 février) et à la Réunion, avec des revendications similaires à celles du LKP.
Le 13 février 2009, le LKP publie un communiqué dans lequel il rappelle les raisons de son mouvement et ses deux revendications : augmenter les salaires des travailleurs guadeloupéens de 200 euros et arrêter la pwofitasyon, l’exploitation outrancière.
La réponse de l’Etat a été, comme toujours, de jouer la carte du pourrissement du mouvement et le recours à la violence policière. Grâce à la mobilisation populaire, le mouvement de contestation n’a cessé de prendre de l’ampleur à juger par la manifestation du 9 février à Pointe à Pitre qui avait rassemblé plus de 100 000 guadeloupéens, c’est-à-dire environ le quart des habitants de l’île qui en compte 500 000.
Les mass medias de la métropole spécialisées dans la désinformation et l’intoxication des masses ont cherché et cherchent toujours à ne pas parler ou de parler le moins possible du mouvement revendicatif guadeloupéen. Lors de l’annonce de son plan de soutien à l’économie, Sarkozy n’a même pas mentionné la situation sociale en Guadeloupe. Et si par miracle elles en parlent, c’est pour dénaturer un mouvement social revendicatif en le réduisant à une lutte entre des indigènes noirs contre des colons blancs. Alors que le sigle LKP en dit long sur l’objectif principal du collectif qui est la lutte contre l’exploitation coloniale outrancière en Guadeloupe. D’abord, les médias français n’ont pas voulu trop parler d’un mouvement social qui dure et qui ne faiblit pas plus d’un mois après son déclenchement. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater ce manque d’intérêt pour la la question sociale et politique en Guadeloupe quand on sait que les mass medias aussi bien en métropole que dans l’île sont à la solde du grand capital et qu’elles traînent les pieds s’agissant des grévistes guadeloupéens. Alors qu’elles étaient présentes au chantier Lénine de Gdansk dès les premières heures des grèves de l’été polonais de 1980. Rappelons qu’en juin-juillet 1980, les grands médias des pays capitalistes avaient débarqué en masse dans une Pologne communiste pour désinformer et intoxiquer les opinions publiques occidentales. Outre Europe Libre et la BBC, Radio France Internationale couvrait minute par minute les grèves de Solidarnosc en accordant la part de lion aux ouvriers grévistes polonais. Radio France Internationale donnait l’impression d’être la radio du MKS de Gdansk ou du KOR de Jacek Kuron. Lors des deux révolutions Rose en Géorgie et Orange en Ukraine, les médias des Etats capitalistes couvraient minute par minute l’évolution des cours des événements dans ces ex-républiques soviétiques. Sur le mouvement social et la grève générale en Guadeloupe, les métropolitains ont été maintenus dans l’ignorance totale. En ce moment la marotte des médias de la métropole est le procès des Khmers rouges au Cambodge. Il a fallu que le LKP passe à la vitesse supérieure, c’est-à-dire ériger des barrages pour qu’enfin les habitants de la métropole commencent à mesurer l’ampleur de la mobilisation populaire en Guadeloupe. Il va sans dire que sans la résistance et la ténacité des exploités guadeloupéens, on aurait peut être entendu vaguement de grèves dans cette « colonie départementalisée » qu’est la Guadeloupe.
LES REVENDICATIONS DE CLASSE DU MOUVEMENT LKP
Si l’on cherche à comprendre les raisons du déclenchement du mouvement LKP, on découvre aussitôt que c’est une guerre de classe dirigée par la classe exploitée indigène contre une classe exploiteuse coloniale. Cette guerre de classe est symbolisée par le nom du mouvement LKP, un sigle devenu désormais célèbre et qui en dit long sur les motivations et les objectifs des initiateurs et des leaders du collectif. Le Liyannaj Kont Powfitasyon, ou LKP signifie en créole, Mouvement contre l’exploitation outrancière. Cette guerre de classes s’exprime également dans les slogans scandés lors des manifestations : la Guadeloupe est à nous(La gwadloup sé tan nou), la Guadeloupe n’est pas à eux(yo péké fé sa yo), ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays(yo péké fé sa yo vlé au péyi à nou). Ces slogans sont directement dirigés contre les exploiteurs blancs de l’ïle, les békés, ces descendants des premiers colons. Les ennemis du mouvement LKP sont nommément désignés, les grands capitalistes: les Hayot, les Despointes, les Aubry, les Loret, les Barbotteau, les Vivies, les Metayer, le groupe Reynoir, les Ciments Lafarges, la Sara, les banques etc. D’ailleurs, en ligne de mire du mouvement LKP, il n’y a pas que le patronat et la bourgeoisie békés mais aussi l’Etat français qui n’est pas neutre et qui est accusé de powfitasyon en apportant son soutien au patronat par des moyens importants (exonération de charges, exonération de taxes, subventions diverses (voir communique du LKP du 13/02/2009, LKP ka déklaré : Plus que jamais la lutte continue ). Pour contrer le mouvement mené par le collectif LKP, le patronat a créé son propre mouvement « le Mouvement des Entrepreneurs Guadeloupéens(MEG). C’est à quoi nous assistons actuellement en Guadeloupe, c’est incontestablement une véritable lutte de classes et non pas une guerre de races et de couleurs comme le laisse la propagande officielle.
MOUVEMENT LKP : UN NOUVEL ART DE REVENDIQUER
Le mouvement LKP se distingue du syndicalisme de la métropole par un certain nombre de caractères spécifiques. D’abord le LKP est un collectif groupant 49 syndicats et associations représentant tous les secteurs de la société guadeloupéenne. Alors que le syndicalisme métropolitain défend des intérêts sectoriels et bassement matériels. Il ne songe jamais à remettre en cause les rapports sociaux capitalistes en se contentant des miettes que le patronat veuille bien lâcher.
Autre caractère du mouvement LKP est la durée. La grève déclenchée le 20 janvier par le LKP ne faiblit pas contrairement aux espoirs déçus du pouvoir colonial de la métropole qui misait dès le début sur la lassitude et le pourrissement du mouvement. Depuis plus d’un mois, et malgré tous les stratagèmes utilisés pour briser l’élan unitaire du mouvement, le LKP tient bon et il s’est même vu réconforter par le soutien des dizaines de milliers de manifestants qui ont défilé le samedi 21 février à Paris et en Province.
Un autre caractère du mouvement LKP réside dans l’inséparabilité de la lutte de classes « économique » de la lutte de classes « politique ». En effet, les revendications du mouvement LKP ne sont pas seulement économiques mais aussi politiques. Alors que celles du syndicalisme métropolitain restent confinées dans le domaine purement économique. L’erreur fatale du syndicalisme métropolitain et du syndicalisme en général consiste à séparer l’action syndicale de l’action politique, ce qui représente un vrai régal pour la bourgeoisie et la classe capitaliste dominante. Car, en séparant l’action syndicale de l’action politique, la bourgeoisie et la classe capitaliste parviennent à dominer facilement ses adversaires de classes en les divisant en une kyrielle de chapelles et d’églises qui se neutralisent mutuellement. De toute évidence, l’ennemi du mouvement ouvrier métropolitain n’est pas seulement la bourgeoisie mais les syndicats ouvriers eux-mêmes qui sont la cause de la dégénérescence du mouvement ouvrier dans les Etats capitalistes. Les syndicats sont devenus des « partenaires sociaux », c’est-à-dire les co-gérants des rapports sociaux capitalistes. C’est ce maquignonnage syndical qui a miné la combativité du mouvement ouvrier et atrophié sa force face à la bourgeoise et à la classe capitaliste. Les bureaucraties syndicales pensent défendre les intérêts des ouvriers avec du bla bla et des hurlements pendant les défilés de la Bastille à la République. Comment est-il possible de séparer l’action syndicale de l’action politique, le parti politique du syndicat alors qu’en réalité la lutte de classe commence déjà à la porte de l’usine ou à celle du bureau ? Dès lors que la lutte de classe s’origine dans la production même, on ne peut se contenter de dire que la lutte de classes « économique » s’arrête là où commence la lutte de classes « politique ». La lutte pour un avantage ou un droit économique est déjà en soi une action politique même si la conscience des implications politiques demeure vague ou partielle. Inversement, tout objectif politique implique un avantage économique plus ou moins conscient. C’est cette coexistence et cette co-action de l’économique et du politique que le mouvement guadeloupéen a très bien perçu et réalisé sur le terrain en liant ses revendications économiques, les 200 euros à la remise en cause des rapports sociaux capitalistes qui sont à l’origine de la surexploitation outrancière(la profitasyon).
Comme l’explique à juste titre la sociologue et l’observatrice de l’évolution de ce conflit, Patricia Braflan-Trobo, l’enjeu de la lutte entre le MEG(le syndicat patronal) et le LKP n’est pas seulement économique, c’est-à-dire les 200 euros réclamés par les grévistes mais aussi politique, car ces derniers vont au-delà de la simple revendication économique en demandant aussi l’abolition les rapports sociaux capitalistes et un système de domination capitaliste et coloniale qui dure depuis 1635 et qui profite (d’où le terme profitasyon en créole) à une caste de blancs créoles et de békés. Les grévistes guadeloupéens vont donc au-delà des 200 euros, car ils remettent en cause aussi les rapports sociaux capitalistes et la manière de distribuer les richesses produites par une population indigène qu’elle soit d’origine africaine ou indienne. Par cette mobilisation sans précédent, les habitants de l’île ont clairement fait savoir qu’ils ne veulent plus de la charité publique ou des allocations dites « braguettes ». Ce qu’ils veulent au fond, ce n’est ni plus ni moins que leur droit de s’approprier les richesses qu’ils ont contribué à produire eux-mêmes au fil des générations. Derrière les 200 euros, qui est certes une revendication économique, il y a indéniablement un objectif politique clairement exprimé, celui d’en finir avec un système capitaliste dont est victime la population guadeloupéenne. Cet objectif politique a d’ailleurs été clairement affirmé par les principaux animateurs du LKP, Elie Domota, Félix Flemin, Jean Marie Nomertin qui considèrent que leur collectif est le produit d’une situation économique et sociale de type colonial et que la plateforme de leur organisation est autre chose qu’un anticolonialisme primaire. Le mouvement LKP cherche certes à dénoncer les « powfitasyons » générées par le système capitaliste colonialiste mais il propose aussi un projet politique visant à instaurer un nouveau mode de consommation et le retour aux valeurs humaines de solidarité et de fraternité entre les hommes.
AVENIR DU MOUVEMENT LKP
Après un mois de grève générale et de mobilisation populaire, le mouvement LKP commence à inquiéter sérieusement le pouvoir et l’Etat capitaliste en métropole. L’envoi sur place de plus d’escadrons de gendarmes, de fonctionnaires de police judiciaire et d’effectifs appartenant aux services des renseignements est le signe que l’Etat colonial se prépare à l’affrontement et à la répression du mouvement LKP. Si l’on essaie de comprendre ce qui a pu se passer en Guadeloupe depuis plus d’un mois, on se rend compte que le mouvement LKP ressemble par bien des aspects au mouvement de mai 68. En réussissant à mobiliser comme un seul homme tous les secteurs de la société guadeloupéenne, le LKP a déjoué la stratégie de la classe dominante, celle qui consiste à sectoriser l’espace social selon le principe bien connu, diviser pour régner. Pour qu’une classe sociale domine la ou les autres classes sociales, il faut remplir deux conditions: a) inculquer aux classes dominées l’idée de la naturalité du monde dans lequel elles vivent, b) diviser l’espace social en une kyrielle de secteurs autonomes, cloisonnés et séparés les uns des autres. En inculquant aux classes dominées sa propre vision du monde, la classe dominante cherche à faire participer celles-ci à la gestion de leur propre domination. Le signe que cette opération de lavage de cerveaux a bien réussi, c’est le moment où les classes dominées commencent à voir le monde dans lequel elles vivent comme allant de soi, tant que les choses sont pour elles ceci et pas autrement. Tant que dure la domination, l’horizon des classes dominées est limité, les objets ordinaires ne les questionnent pas et elles ne prennent même pas la peine de se demander si ce monde là, celui des classes dominées, n’est pas plutôt un monde construit et taillé sur mesure pour servir les desseins d’une classe dominante.
La deuxième condition pour qu’une classe domine les autres classes est la sectorisation de l’espace social. À vari dire, aucun pouvoir ne peut s’imposer sans la division de l’espace social en une myriade de secteurs autonomes et cloisonnés. Il faut absolument tout faire pour maintenir aussi longtemps que possible la sectorisation et le cloisonnement de l’espace social, car le plus grand danger qui guette tout pouvoir est celui du désenclavement, du décloisonnement et de la désectorisation. Ce sont ce désenclavement et cette désectorisation qui donnent lieu à des mobilisations multisectorielles et donc à des révoltes et des révolutions. Toutes les grandes révolutions dans l’histoire ont commencé par le processus de désectorisation et de désenclavement de l’espace social. Pour faire face aux mobilisations multisectorielles, le pouvoir doit tout faire, car cela va de sa propre survie, pour re-sectoriser l’espace social en brisant les canaux trans-sectoriels et en limitant au maximum la fluidité entre plusieurs secteurs communicants. Pour contrecarrer une révolte ou une révolution, le pouvoir doit manœuvrer pour essayer d’enfermer à nouveau les hommes dans leurs anciennes logiques sectorielles et donc sectaires. Cette mission est confiée habituellement aux partis politiques traditionnels et aux syndicats ouvriers appelés à jouer ce rôle de re-sectorisation et de cloisonnement de l’espace social.
Prenons deux exemples. Premier exemple, pour abattre les régimes communistes, les États capitalistes ont pratiqué la stratégie de la désectorisation conjoncturelle de l’espace social pour permettre des mobilisations multisectorielles destinées à déstabiliser et à balayer les gouvernements communistes en place. Durant l’été 1980, les États capitalistes ont tout fait pour que les mouvements de grèves qui étaient localisés à l’origine à Varsovie, la capitale polonaise, se propagent au plus vite à d’autres secteurs et à d’autres villes de la Pologne. Grâce à la désinformation et aux rumeurs, ils ont réussi leur pari en désectorisant la société polonaise, puisque les grèves s’étaient propagées des chantiers Lénine de Gdansk vers d’autres secteurs d’activités, d’autres villes et d’autres régions de la Pologne. En pratiquant la stratégie de la désectorisation de l’espace social, les Etats capitalistes ont permis des mobilisations multisectorielles et ce fut la chute du régime communiste.
Deuxième exemple. En mai 1968, l’Etat français avait tout fait pour empêcher que le mouvement de contestation ne se propage en dehors de la capitale, Paris. Les technologies et les tactiques du pouvoir de l’époque consistaient à re-sectoriser l’espace social en faisant appel à la CGT et au parti communiste pour séparer les grèves dans l’industrie et les ouvriers de chez Renault du mouvement étudiant. En réussissant à déconnecter le mouvement étudiant du mouvement ouvrier grâce aux syndicats et aux partis politiques, le pouvoir a réussi à re-sectoriser l’espace social grâce à l’intervention de la CGT et du parti communiste. La fin du mouvement de mai 68 a été la signature des accords de Grenelle, qui ont brisé l’élan des mobilisations multisectorielles qui réunissaient au départ étudiants et ouvriers. Grâce à la CGT et au parti communiste français, le capitalisme français a pu renaître de ses cendres. En signe de reconnaissance à l’action de la CGT et au parti communiste en mai 68, la bourgeoisie française aurait dû ériger à côté de la statue de son héros de Gaulle, celles de Georges Séguy et de Maurice Thorez. Il suffit d’observer qu’à chaque fois que le système capitaliste se trouvé confronté à une crise politique ou sociale, il remet en selle les partis politiques et les syndicats qui jouent le rôle de briseurs de grèves et de mouvements contestataires.
C’est ce danger de re-sectorisation qui guette actuellement le mouvement LKP depuis plus d’un mois. Il est vrai que les leaders du LKP se sont montrés jusqu’ici assez prudents et pragmatiques dans la conduite de leur mouvement. Mais ce pragmatisme et cette prudence des leaders du LKP sauront-ils suffire à maintenir à terme l’unité et la pérennité d’un mouvement que le pouvoir colonial français cherche à briser grâce aux technologies et aux tactiques de re-sectorisation de l’espace social guadeloupéen ?
FAOUZI ELMIR
Mots-clés : Guadeloupe, LKP, luttes de classes
Prochain article : La révolution iranienne est-elle une révolution ?
03 février 2009
DES CHAUSSURES D'AL ZAIDI A LA COLERE D'ERDOGAN
DES « CHAUSSURES DE LA VENGEANCE » D’AL ZAÏDI À LA COLÈRE D’ERDOGAN : DEUX MANIÈRES DE DÉNONCER LE MANICHÉISME D’UN ORDRE INTERNATIONAL
C’est le coup de colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lors du Forum économique mondial à Davos en Suisse qui fait la une des journaux, un geste salué par son peuple, le Hamas et les peuples arabo-musulman. Erdogan est devenu un héros et un homme politique atypique qui n’hésite pas à manifester ses sentiments publiquement pour dénoncer à la fois l’injustice et le manichéisme d’un ordre du monde. Rappelons en quelques mots l’incident qui s’est produit lors de la réunion annuelle du Forum économique mondiale organisé à Davos en Suisse. Au cours de la séance consacrée au conflit du Moyen Orient, le premier ministre turc a quitté précipitamment la salle en protestant contre son temps de parole trop court (12 minutes) par rapport à celui donné au président israélien, Shimon Peres (25 minutes) et contre les applaudissements très nourris du public présent dans la salle pour le discours de ce dernier. Comme le montrent les images de télévision et d’Internet, le président de la séance n’arrêtait pas d’interrompre le premier ministre turc pendant qu’il répondait au discours provocateur de Shimon Peres.
Recep Tayyip Erdogan quitte le Forum et Davos
Il est assez intéressant de mettre en relation l’incident de Davos, avec l’image des chaussures lancées par le journaliste irakien, Moutazer Al-Zaïdi en direction du président américain George Bush lors d’une conférence de presse à Bagdad, avec cette phrase « c’est mon baiser d’adieu, espèce de chien ». Ce geste vengeur du journaliste irakien de la chaîne TV Al Baghdadia avait alors soulevé l’enthousiasme des foules et il avait été salué par des manifestations de soutien un peu partout dans le monde au point qu’un richissime saoudien s’était proposé d’acheter pour un montant de vingt millions de dollars les fameuses « chaussures de la vengeance »(selon LCI).
Figure 2 LE BAISER D’ADIEU D’AL ZAÏDI A BUSH
PREMIER EXEMPLE DE MANICHÉISME
Ces deux gestes d’Al Zaïdi et d’Erdogan, bien qu’ils se manifestent d’une manière différente et qu’ils aient lieu dans un espace–temps différent, expriment au fond la même révolte face à un monde manichéen dominé par l’idée de la lutte du Bien contre le Mal. Songeons un peu à l’axe du Mal de George Bush. Les forces du Bien sont naturellement incarnées par l’Occident et ses valeurs de démocratie et de droits de l’Homme. Les forces du Mal, pour faire bref et court, ce sont tous ceux qui critiquent ces valeurs ou qui ne s’y reconnaissent pas. Notre intention ici n’est pas de dire qui a tort et qui a raison mais de montrer que la vie internationale est dominée actuellement par une conception manichéenne du monde. Al Zaïdi (24 ans) et Erdogan(53 ans) sont des observateurs de la vie publique et ils appartiennent l’un et l’autre à une zone géographique, le Moyen Orient, où la conception manichéenne se manifeste sous toutes ses formes. Au début du XXe siècle, les puissances occidentales qui avaient colonisé le monde entier au nom de la civilisation et de la supériorité de la race blanche ont décidé d’attribuer des terres arabes et palestiniennes qui n’étaient pas les leurs à des sionistes juifs européens sous prétexte que c’est écrit dans le Torah. Ces mêmes Etats impérialistes qui se considèrent comme les « forces du Bien » ont aidé à la création en 1948 de l’Etat d’Israël et depuis ils n’ont cessé de le soutenir financièrement et militairement. Quand les pays impérialistes parlent d’Israël, leur créature au cœur du Moyen Orient, c’est pour magnifier ce « havre de démocratie » dans un « oasis de dictatures ». Ils ont d’ailleurs raison quand ils parlent d’oasis de dictatures, car tous les régimes arabes qui entourent Israël sont en fait des dictatures. Mais Israël n’est une démocratie ni une dictature, c’est une colonie occidentale implantée au cœur du Moyen Orient et une colonie ne saurait être par définition une démocratie, car la source de sa légitimité n’est pas le peuple qui le compose mais le système impérialiste mondial. Depuis, plus de soixante, Israël fait des guerres, occupe des territoires arabes, massacre des civils palestiniens et libanais, envahit des Etats et viole délibérément toutes lois internationales en matière de guerre et de droit humanitaire. Tout cela en toute impunité et si par miracle ou par inconscience quelqu’un ose critiquer la sauvagerie sioniste, aussitôt s’enclenchent les sirènes de l’holocauste et de la Shoah pour lui signifier poliment de la boucler sinon il serait poursuivi pour antisémitisme. Toutes les destructions et tous les massacres commis par IsraëL à l’encontre des populations civiles palestiniennes et libanaises sont faits au nom de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal. Quand les Israéliens envahissent le Liban en 1982, ils ont participé avec leurs alliés libanaise de l’époque, les forces phalangistes et fascistes de Bechir Gemayel(assassiné en septembre 1982) au massacre de 1700 civils palestiniens à Sabra et Chatila. Personne n’a osé demander des comptes à Israël et à Sharon. Pourquoi ? Car Israël et Sharon se trouvaient du côté des « forces du Bien ». Il y a eu les deux massacres de Qana au Liban en 1996 et 2006, là aussi personne n’a demandé quoi que ce soit à Israël et à ses responsables politiques et militaires. Pourquoi ? Car ils ont agi en tant que « forces du Bien « contre les forces du Mal.
Au nom de la lutte du Bien contre le Mal, les derniers exploits réalisés par Israël à Gaza sont les suivants :
Les victimes palestiniennes s’élèvent à 1305 dont
- 410 enfants et adolescents(moins de 16 ans
- 108 femmes
- 113 personnes âgées
- 14 médecins
- 4 journalistes
- 5300 blessés
A COMPARER
les victimes israéliennes :
- 13 soldats tués dont
- 9 morts au combat
- 1 abattu par un snipper
- 3 civils par tirs de roquettes
- une douzaine de blessés
En outre, l’aviation et la marine israélienne ont attaqué 2500 cibles dont
4 écoles gérées par l’ONU
un complexe de l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés(UNRWA)
2 bâtiments de presse ;
16 centres médicaux ;
15 ambulances ;
4000 maisons détruites
16 000 maisons endommagés
1500 installations commerciales
51 bâtiments officiels détruits dont ministères
18 écoles et autres centres éducatifs
50 kilomètres de routes endommagés
Pour réparer les infrastructures endommagés, les coûts estimés s’élèvent à 475,9 millions de dollars. Pour les travaux de déblayage, les coûts estimés s’élèvent à 500 millions de dollars. Qui paiera les réparations et les reconstructions ? Sûrement, pas I’agresseur, car il incarne la « force du Bien » contre la « Force du mal » qu’est le Hamas.
les victimes civils palestiniens déchiquetées par les bombes israéliennes
Au cours de son opération militaire à Gaza, Israël a utilisé des armes prohibées par les conventions internationales. Les médecins étrangers et palestiniens ont montré les victimes de ces armes prohibées. C’est le célèbre professeur et chirurgien norvégien, le marxiste Mads Gylyrte qui a apporté son propre témoignage sur l’utilisation par Israël d’armes de guerre prohibées par toutes les lois internationales de la guerre.
victime palestinienne des armes prohibées
Malgré l’holocauste gazaouite, les dirigeants européens n’ont rien trouvé à dire aux dirigeants de leur Etat voyou du Moyen Orient. Bien au contraire, dès la cessation des hostilités à Gaza, menés par les deux sionistes français, Sarkozy et Kouchner, ils se sont rendus en Israël pour féliciter Olmert et son état major pour le formidable travail accompli durant les 22 jours de guerre. En signe de reconnaissance, les Etats-Unis et l’Europe ont conclu avec les Israéliens des accords pour empêcher l’arrivée des armes aux « forces du Mal » dont le Hamas palestinien fait partie. La France a même envoyé sa frégate pour patrouiller au large des côtes avec Gaza pour interdire aux « forces du Mal » d’avoir des armes à se défendre. Pour compléter le panorama de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal, les Egyptiens ont envoyé des hommes s’entraîner aux Etats-Unis pour la détection des explosifs et la destruction des tunnels. Tout récemment, des caméras de surveillance ont été installés tout le long des frontières entre l’Egypte et la bande de Gaza. Aucun des Etats occidentaux, les Etats-Unis et l’Europe et leurs alliés dans la région du Moyen Orient, n’a osé dénoncer clairement le massacre et les atrocités commises par Israël lors de la guerre à Gaza. Au lieu de tout cela, le belge Louis Michel, l’envoyé spécial de l’Union européenne pour la coopération, le développement et l’aide humanitaire, a rendu le Hamas responsable de tout ce qui est arrivé aux palestiniens en la qualifiant d’organisation terroriste. Au lieu de s’en prendre aux bourreaux, on s’en prend aux victimes rendues responsables de leurs propres malheurs. Comme si les Gazaouites et le Hamas étaient des sado masochistes à ce point.
C’est cette vision manichéenne qui donne à certains Etats le droit de tuer, de massacrer et de violer toutes les lois humaines en toute impunité que le premier ministre turc a voulu dénoncer haut et fort. Ce qui a mis Erdogan en colère, c’est le moment où le public présent dans la salle avait chaleureusement applaudi le discours du président israélien, Shimon Peres. Comment un homme normalement constitué peut-il applaudir le discours d’un chef dont le pays a commis les pires des atrocités à Gaza et même ailleurs? C’est l’homme de la rue qui exprime d’habitude sa colère face à une telle injustice mais ce qui est nouveau et inhabituel dans le geste d’Erdogan, c’est que la dénonciation de cette injustice vient d’un haut responsable politique, et pas n’importe qui, car il s’agit du premier ministre d’un grand pays, membre de l’OTAN, qui a reconnu l’Etat sioniste dès sa création en 1948 et qui entretient des relations diplomatiques, commerciales et militaires avec Israël. En outre, la dénonciation a été faite non pas en catimini dans les antichambres mais publiquement devant les caméras du monde entier, ce qui explique les manifestations spontanées en Turquie et dans la rue arabe. L’Express, le quotidien patronal français, a voulu expliquer le geste du premier ministre turc par des considérations électorales. C’est une interprétation tendancieuse de l’incident, car Erdogan n’a pas eu le temps d’agir par calcul politique mais il a tout simplement réagi spontanément à des comportements et des attitudes purement manichéens exprimés par Peres et le public qui l’a applaudi. Ne pourrions-nous pas dire la même chose du général de Gaulle qui s’est enfui en Angleterre par lâcheté pour n’y revenir qu’une fois la guerre terminée ? Malgré leur opportunisme et leur sens de la navigation, les hommes politiques peuvent parfois être sincères et exprimer leur indignation en se dépouillant de leur langue de bois en réagissant de la même façon que l’homme de la rue. C’est le cas du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan qui n’a fait qu’exprimer les sentiments profonds de tous peuples pays du Moyen Orient et c’est pourquoi il est devenu le nouveau héros à côté du président vénézuelien, Hugo Chavez.
DEUXIÈME EXEMPLE DE MANICHÉISME
Depuis quelques jours, les médias du monde entier ne parlent que d’élections en Irak. Cette campagne médiatique internationale est savamment orchestrée par les Etats-Unis, ses satellites européens et ses marionnettes autochtones irakiennes pour vendre au monde entier l’idée que l’invasion américaine de l’Irak a finalement apporté la démocratie au peuple qui peut choisir librement ses représentants grâce à des élections « démocratiques ». Mais cette campagne médiatique sur les élections dans le « nouvel Irak » ne trompe personne sauf évidemment les naïfs et les manichéens. On nous parle d’élections en Irak sans nous dire que ces élections se déroulent dans un dans un pays occupé par 150 000 GI’S et que les électeurs auront à choisir entre des candidats présentés par des partis ayant aidé à l’occupation de leur pays par des troupes étrangères. Ceux qui facilitent l’occupation de leur pays par des troupes étrangères, on les appelle en France les Collabos et ceux qui gouvernent l’Irak aujourd’hui sont des collabos. Mais la question qui se pose immédiatement est la suivante : valait-il la peine de détruire tout un pays pour mettre des collabos aux commandes et pour organiser des élections où les principaux bénéficiaires seront des partis religieux qui sont, outre qu’ils sont des partis collabos, des forces sociales et politiques conservatrices et rétrogrades ? Si l’on se réfère à la conception démocratique occidentale, les partis politiques représentent des citoyens et non pas des groupes ethniques et religieux. Or la « démocratie » dans le « nouvel Irak », issu de l’invasion américaine, c’est la représentation politique des irakiens en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse. Ce qui n’a rien à voir avec les critères de la démocratie représentative occidentale. Paradoxalement, c’est la régime ba’assiste qui remplissait les critères de la démocratie occidentale dans la mesure où le parti Ba’as représentait non pas un groupe ethnique et religieux mais tous les irakiens indépendamment de leur appartenance religieuse et ethnique. L’invasion de l’Irak pour y établir une démocratie à l’occidentale a donné des résultats contraires à ce qui était espéré au départ, car ce sont des forces religieuses et ethniques qui dominent la vie politique locale et nationale et non pas des forces démocratiques laïques comme dans le cas des démocraties occidentales.
Parlons maintenant chiffres. Pour obtenir finalement des résultats qui n’ont rien à voir avec la démocratie occidentale, les Etats-Unis ont dû dépenser trois trillions de dollars c’est-à-dire, 3000 milliards de dollars. Avant l’invasion de l’Irak, Rumsfeld avait estimé le coût de l’invasion à seulement 60 millions de dollars, mais cette estimation avait à l’époque été revue à la hausse par le conseiller économique de Bush, Larry Landsay qui avait avancé la somme de 200 milliards de dollars. La guerre en Irak coûte aujourd’hui chaque mois 12 milliards aux contribuables américains. Quand Bush arriva à la Maison Blanche en 2001, le déficit budgétaire était de 5700 milliards de dollars ; il est aujourd’hui en 2009, de l’ordre de 10 000 milliards de dollars. L’Etat américain est aujourd’hui en état de faillite et ce n’est la couleur de peau d’Obama qui va aider en quoi que ce soit à éviter l’effondrement total. C’est pourquoi le secrétaire général de l’OTAN a lancé un appel de détresse aux pays du Golfe pour contribuer à la guerre d’Afghanistan. Cet appel pourrait néanmoins être entendu par le Conseil de la Coopération des Etats du Golfe qui a déjà financé les deux guerres contre les régime de Saddam Hussein. Pourquoi ne financerait-il pas une fois encore une guerre menée par les Américains contre les Talibans afghans et pakistanais ?
Outre ces sommes colossales pour financer une guerre qui a tourné au fiasco, il faut donner quelques chiffres de ses coûts humains. D’après une étude publiée le 21 octobre 2006, par une équipe de recherche de l’université John Hopkins, l’invasion de l’Irak a entraîné la mort de 200 à 300 000 personnes par an ; ce qui équivaut au nombre de victimes tombées sous la bombe atomique lancée sur Hiroshima en août 1945. Depuis bientôt six ans, les Etats-Unis ont lancé sur l’Irak l’équivalent de six bombes atomiques.
D’après un rapport des Nations unis, quatre millions d’irakiens ont été déplacés à l’intérieur de leur pays et 800 000 irakiens étaient contraints à l’exil soit dans les pays voisins comme la Syrie ou la Jordanie soit en Europe et aux Etats-Unis. Les quatre millions réfugiés irakiens ont des difficultés à se nourrir et 40% des 27 millions d’irakiens n’ont pas d’eau potable à boire. D’après un rapport des Nations unies, le tiers des Irakiens vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’un dollars par jour. Alors qu’en même temps, le nouvel Irak figure parmi les pays les plus corrompus au monde où la corruption sévit à tous les niveaux de l’Etat et dont le coût est estimé à quelques 18 milliards de dollars. C’est le ministère de la défense qui est le ministère le plus corrompu avec une somme détournée évaluée à 5 milliards de dollars.
Depuis l’invasion de l’Irak, 5 500 savants, experts, médecins, ingénieurs ont été assassinés en confiant la sous-traitance au Mossad Israélien et 80% des personnes assassinées appartient au monde scientifique et académique ayant le titre de professeur ou d’assistant, ou titulaire de doctorat ou de diplômés spécialisés dans les sciences et la médecine. Des revues scientifiques ont été détruites et avec elles tous les travaux de recherche dont les coûts de réalisation sont estimés à dix milliards de dollars.
D’après un rapport publié par l’organisation de défense des droits de la femme en Irak, il y a entre 90 et 100 veuves par jour à cause de la violence confessionnelle et l’assassinat sur la carte d’identité, ce qui rappelle la guerre civile libanaise de 1975 à 1990. Rien que dans la capitale Bagdad, il y a 300 000 veuves à côté des 8 millions de veuves irakiennes dans l’ensemble du pays. Cela signifie que le pourcentage des veuves irakiennes représente 35% des populations de ce pays, 65% des femmes et 80% des femmes mariées. Depuis l’invasion américaine, l’Irak est devenu un pays de veuves. Les femmes irakiennes comme d’ailleurs les hommes sont l’objet de violence et d’emprisonnement arbitraires et elles disparaissent sans laisser de traces. Beaucoup de femmes détenues dans les prisons américaines et irakiennes sont torturées et violées par les gardiens et les surveillants des prisons. Cette torture exercée à l’égard des femmes irakiennes emprisonnées sous prétexte de terrorisme a été récemment dénoncée par la seule femme ministre du gouvernement irakien, Nawal El-Samrani qui, dans un entretien avec la chaîne AL Jazira net, a déclaré que beaucoup d’irakiennes disparaissent dans les rues et sur les lieux de travail sans que leurs familles sachent ce qu’elles deviennent ni où elles se trouvent. Celles qui sont l’objet de viol préfèrent s’immoler dans le feu ou se transformer en femmes Kamikazes.
Dans le nouvel Irak, c’est le règne de la violence et de l’arbitraire ; les violations des domiciles à toute heure de la journée et de la nuit où des groupes armés peuvent entrer et enlever sans distinction, homme, femme, enfant, fille et garçon pour les emmener dans des endroits inconnus sans jamais réapparaître. Dans les prisons américaines et les prisons irakiennes, il y a actuellement deux millions de prisonniers qui, avant l’invasion du pays en 2003, travaillaient normalement et qui exerçaient un métier pour faire vivre leurs familles. Au lieu d’une vraie démocratie, dans le nouvel Irak, les Etats-Unis n’ont fait qu’appliquer les recettes expérimentées par les dictatures militaires mises en place toute l’Amérique Latine. La torture, les assassinats, les arrestations arbitraires, les disparitions qui sont aujourd’hui monnaie courante dans le nouvel Irak, ce sont en réalité des anciennes méthodes importées du Chili de Pinochet et de l’Argentine de Videla entre autres. Pour se décharger sur des bourreaux aux couleurs locales, les envahisseurs américains et anglais ont formé une véritable armée de bourreaux irakiens en leur inculquant les méthodes et les techniques de torture pratiquées jadis par l’armée et les services de sécurité de Pinochet au Chili. Certes la prison d’Abou Graib a été fermée, mais ce sont les mêmes méthodes et les techniques qui continuent dans les autres prisons américaines et irakiennes. Des centres de détention et d’emprisonnement dépendants des milices gouvernementales continuent aussi à fonctionner à plein régime. Même les hôpitaux sont devenus des centres de détention et de torture où des malades de confession sunnite sont exécutés de sang froid. D’après des statistiques officielles, 120 000 personnes sont passées par les prisons américaines et entre 300 000 à 500 000 dans celles des milices chiites. Des milliers de cadavres ont été jetés dans les rues et dans les décharges publiques. Sur ces cadavres apparaissent des traces de torture par l’électricité. 150 000 prisonniers sont actuellement détenus sans l’existence d’aucune charge à leur encontre.
Mais une guerre coloniale n’est jamais une promenade de santé pour les peuples soumis et colonisés, elle n’est pas non plus pour les colonisateurs et leurs armées. A ce jour, d’après les statistiques du Pentagone, 4236 soldats américains ont été tués en Irak non pas dans des accidents de la route mais par la résistance irakienne. A ce nombre de morts s’ajoutent quelques 26000 blessés. D’après une étude du service de la santé mentale de l’armée américaine parue en 2007, 28% des soldats envoyés dans les zones de combat en Irak est gravement atteint de troubles mentaux et psychiques et que le nombre de soldats américains devenus alcooliques, drogués ou ayant des problèmes conjugaux a augmenté de 85% depuis l’invasion de l’Irak. On comprend fort aisément la montée en flèche du nombre d’innocents irakiens tués par de soldats devenus fous et hystériques qui tirent sur tout ce qui bouge. Au mois de janvier 2008, l’armée américaine a reconnu que le nombre de suicide ou de tentatives de suicide parmi les soldats a considérablement augmenté puisqu’elle dénombre plus de deux mille soldats ayant tenté de se suicider en se mutilant en 2006 contre 375 en 2002. Selon une étude publiée il y a seulement deux jours, le nombre de suicide parmi les soldats américains en Irak et en Afghanistan a augmenté de 11% en 2008 avec 128 suicides en 2008 contre 117 en 2007. Le taux de suicide parmi les soldats américains est plus élevé que celui parmi les civils, puisqu’il représente 20,2 suicidés pour 100 000 soldats contre 19,5 pour 100 000 civils. En un mot, les méthodes et les techniques de torture rendent fous et déséquilibrés non seulement leurs victimes mais aussi leurs boureaux et leurs tortionnaires.(voir à ce sujet les descriptions de Franz Fanon sur les troubles mentaux des algériens torturés par l’armée française, dans « les damnés de la terre », chapitre 5, Guerre coloniale et troubles mentaux).
Au lieu de parler et de décrire la dictature mise en place dans le « Nouvel Irak » libéré, les médias aux Etats-Unis et en Europe préfèrent parler d’élections pour faire croire à leurs opinions publiques que l’Irak de l’après Saddam Hussein est devenu une démocratie avec la parodie électorale. Loin d’être cette démocratie conçue et rêvée par Bush et les néocons américains, l’Irak de l’après Saddam est une copie conforme des dictatures militaires mises en place par les Etats-Unis dans les années 1960-1970 en Amérique Latine. L’Irak d’aujourd’hui ressemble à bien des égards à la dictature militaire de Pinochet au Chili et à celle de Videla en Argentine pour ne citer que ces deux pays. Si les Irakiens vivaient vraiment dans une démocratie, le journaliste irakien, Mountazer Al-Zaïdi aurait remercié son sauver Bush par un bouquet de fleurs et par un baiser sur le front de son libérateur. Ce qui est loin d’être le cas, puisque le journaliste irakien a préféré exprimer ses sentiments personnels en jetant ses chaussures dans la figure de George Bush en signe de baiser d’adieu. Si le peuple irakien vivait réellement dans la démocratie promise par Bush, il aurait lynché à mort le journaliste Mountazer Al-Zaïdi. Or, l’image des chaussures jetées à la figure du président américain George Bush a immédiatement mobilisé dans les rues de Bagdad et dans toutes les villes irakiennes, des centaines de milliers de manifestants scandant le nom de celui qui, par ce geste vengeur, a exprimé les sentiments profonds de tout un peuple. Depuis, le nom d’Al Zaïdi a fait le tour de la terre avec des manifestations de soutien dans tous les pays arabes. Même une statue sous forme de chaussure avec l’image de Bush a été très récemment érigée à Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein(voir photo). Le peuple irakien est-il idiot à ce point pour ne pas comparer entre la « démocratie » promise par Bush et la « dictature » de son ancien président Saddam Hussein ?
Si les Etats-Unis et l’Europe ne condamnent jamais les atteintes et les violations des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens et en Irak, c’est parce qu’ils sont persuadés qu’ils incarnent les forces du Bien contre les forces du Mal. C’est cet esprit manichéen qui renforce le sentiment d’injustice parmi les peuples opprimés du Moyen Orient, un sentiment exprimé d’une façon symbolique et par les Chaussures d’Al-Zaïdi et par la colère d’Erdogan. Au fur et à mesure de l’exacerbation des tensions internationales, il faudra s’attendre désormais à d’autres réactions beaucoup plus violentes que « les chaussures de la vengeance » du journaliste irakien Mountazer Al-Zaïdi et la colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.
FAOUZI ELMIR
Mots-clés : manichéisme, politique internationale, démocratie, dictature, Al Zaidi, Erdogan





