CANTONA, LES BANQUES...ET LA RÉVOLUTION

Alors que les « sommités » intellectuelles et les philosophes de supermarché (Onfray, Bruckner, Ferry) font leur choux gras avec leurs thèmes racoleurs et vendeurs sur le mariage, la famille et le phallus, ironie de l’histoire, c’est un ancien footballeur, Eric Cantona, qui propose ses propres recettes pour « faire sauter » le système capitaliste. Eric Cantona qui appartenait à une corporation qui n'est pas réputée pour être un parangon de culture et d’intelligence, lance un pavé dans la mare en appelant les millions de grévistes et de manifestants d’opter pour d’autres méthodes plus efficaces pour faire entendre leur voix et pour défendre leurs revendications, retirer leur argent dans les banques et vider leurs comptes bancaires.

Ces propos d’Eric Cantona diffusés sur Internet en se tapant la tête non pas contre le ballon rond mais contre le mur l’argent, tombent à point nommé quand on sait  avec quelle énergie et quel empressement les gouvernements européens s’emploient pour sauver aujourd’hui l’Irlande comme hier la Grèce d’une faillite annoncée et pour trouver les sommes qu’il faut pour renflouer les caisses des banques et des institutions financières. C’est tout l’honneur d’Eric Cantona de pointer du doigt le pouvoir de l’argent dans non sociétés actuelles mais à écouter attentivement ses déclarations, on se rend vite compte que ce n’est pas le nouveau Che qui est arrivé et qu’il est loin d’être Lénine, Mao ou Castro du XXIème siècle. Contrairement aux apparences trompeuses et à tous les commentaires qui circulent sur la toile et dans les mass media, Eric Cantona n’a nullement l’intention de chambouler le système en place ou de changer quoi que ce soit aux structures du système capitaliste et encore moins de faire la révolution. Quand on écoute bien ce que dit Eric Cantona, il n’est pas question d’envoyer aux oubliettes de l’histoire et de débarrasser les hommes et l’humanité toute entière d’un système où, deux siècles après, les hommes se demandent tous les matins en se levant comment ils vont pouvoir manger, et Cantona est bien placé pour le savoir, et comment ils vont se loger, en sachant que la nourriture et le logement sont les deux besoins basiques de tout être humain malgré les richesses colossales mais malheureusement accaparées par une poignée de profiteurs et d’exploiteurs. Ce que propose en fait Eric Cantona, ce n’est pas d’en finir une fois pour toutes avec un système destructeur et ravageur ayant ravalé les êtres humains au rang d’une simple marchandise mais de donner quelques idées aux syndicats et de suggérer de nouvelles méthodes et de nouveaux procédés plus efficaces que les manifestations festives et les défilés carnavalesques face à l’offensive du capital et des gouvernements en place qui servent ses intérêts.

Eric Cantona, malgré l’audace de ses idées et l’intérêt indéniable de ses déclarations publiques, se trompe lourdement sur le centre névralgique du système capitaliste qui n’est pas les banques mais la propriété privée des moyens de production, qui est la condition sine qua non de l’exploitation de la force du travail et de la production de la plus-value, de la reproduction simple et élargie du cycle de la production et de la consommation par la masse et le peuple des produits de la déchetterie industrielle. Les propos d’Eric Cantona auraient été plus crédibles s’il avait appelé les vrais producteurs de la plus-value, c’est-à-dire le monde du travail, à cesser le travail pendant 15 jours, trois semaines ou un mois comme en mai 68. Eric Cantona aurait mieux fait de se demander pourquoi, encore aujourd’hui, 42 ans après, le spectre de mai 68 continue à hanter le sommeil de la bourgeoisie, des capitalistes et des gouvernements qui leur sont inféodés. On ne sait pas si Eric Cantona a lu les affichettes placardées dernièrement par l’UMP et le Medef sur les murs des grandes villes durant les dernières grèves pour défendre la retraite à 60 ans, mais le slogan « stop les grèves » en dit long sur le centre névralgique du système capitaliste qui n’est nullement, contrairement à ce que croit Eric Cantona, les banques mais le lieu de travail, les usines et les entreprises, ces camps de concentration spécialement aménagés pour l’extorsion de la plus-value à tous ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre moyennant un salaire, cette fiction et cette supercherie qui font croire au salarié qu’il est payé à sa juste valeur alors que la fiche de paie n’a qu’un seul but: permettre à l’exploité de se soumettre à la dictature patronale et de se reproduire biologiquement pour revenir le lendemain sur le lieu de son exploitation.

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : Eric Cantona, banques, révolution