LA NOUVELLE CUISINE POLITIQUE EN TUNISIE

Il ne faut pas être un grand expert en politique et un fin observateur de la politique internationale pour deviner ce qui se trame aujourd’hui dans la Tunisie de l’après Ben Ali. Il faut dire que le monde capitaliste occidental a été pris de court et il ne s’attendait pas vraiment à ce coup de poker tunisien, car le régime semblait jouir d’une stabilité parfaite depuis 23 ans et le pantin en place convenait parfaitement au capital transnational, notamment le capital français et américain, puisqu’il gérait en bon père de famille ses intérêts moyennant une rémunération substantielle et une fortune personnelle de 4 miliards de dollars et à 8 milliards de dollars avec celle d’autres membres de la famille de sa femme. La question de la retraite de Ben Ali et de sa famille ne se pose donc pas. A l’origine des « malheurs »  de Ben Ali et de son régime fantoche, il y a le jeune diplômé Mohamed Bouazizi, le jeune qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010, à l’origine de ce qui est convenu d’appeler la révolte tunisienne, mort avant de voir la fin du régime, qui a changé la donne en créant un vide politique que les néo colonisateurs de la Tunisie et leurs pantins autochtones cherchent aujourd’hui à combler par tous les moyens. Qu’ont-ils trouvé au fait pour remplacer rapidement le régime défunt de Ben Ali ?

Après le départ de Ben Ali, les néo-colonisateurs capitalistes et leurs pantins autochtones ont voulu parer au plus pressé en mettant en place un gouvernement dit de transition composé d’anciens membres du régime défunt. Mais ils ont vu que cela ne marchait pas et ne suffisait guère à calmer la colère des foules et à éteindre la flamme de la révolte. Mais comme les néo-colonisateurs capitalistes et leurs pantins autochtones sont des gens pragmatiques à cause des intérêts colossaux qui sont en jeu, ils sont en train d’inventer de nouveaux ingrédients pour leur nouvelle cuisine politique. Quelle est cette nouvelle recette miracle pour la Tunisie de l’après Ben Ali ? Elle est très facile à deviner et elle est vite trouvée : la carte islamiste.

La carte de l’islamisme dans la Tunisie de l’après Ben Ali convient parfaitement à la nouvelle situation politique inédite dans un pays épargné jusqu’ici par le virus de l’islamisme intégriste. Mais comme les néo colonisateurs et leurs pantins autochtones sont des gens lucides et visionnaires, la carte islamiste leur va comme un gant, car elle est la seule solution possible dans l’état actuel pour pérenniser l’ancien régime sous d’autres formes mais avec de nouveaux clones de Ben Ali et de nouvelles marionnettes autochtones qui font parfaitement l’affaire, c’est-à-dire sauvegarder au mieux les affaires du capital transnational. Cet recours à l’islam politique dans la  Tunisie de l’après Ben Ali n’est pas une exception à la règle mais il a toujours été l’arme historique du capitalisme et de l’impérialisme qui ont fait de l’instrumentalisation du religieux à la fois un principe et une méthode de gouvernement soit pour sauver des intérêts menacés soit pour perpétuer la domination du capital sur l’ensemble de la société.

L’INSTUMENTALISATION DU RELIGIEUX PAR LE CAPITALISME ET L’IMPÉRIALISME

C’est une banalité de dire que les intégrismes, musulman, chrétien et juif, sont et ils ont toujours été du pain béni et les alliés objectifs du capitalisme et de l’impérialisme. Ce n’est pas le lieu ici de démontrer le bien fondé de cette thèse mais l’histoire est truffée d’exemples montrant d’une façon indéniable comment le capitalisme et l’impérialisme ont instrumentalisé les religions pour arriver à leurs fins. Pour commencer on peut dire que tous ces États croupions du Moyen-Orient qui se disent indépendants et qui sont aujourd’hui les gendarmes de l’impérialisme dans cette région du monde ont été créés de toutes pièces par les anciennes puissances coloniales anglaise et française en recourant au principe bien connu « diviser pour régner » et à la stratégie de l’instrumentalisation du religieux et de l’exacerbation des sentiments religieux pour dépecer l’empire Ottoman.

Nous n’allons pas refaire toute l’histoire mais prenons quelques exemples pour situer cette proximité idéologique et cette alliance politique objective entre capitalisme,impérialisme,intégrisme(tous les intégrismes). La Russie a réussi à séparer les minorités slaves de l’empire ottoman en créant des petites principautés chrétiennes suite à la guerre qui fit rage dans les Balkans en 1878. En 1860, pour détacher la Syrie et le Mont Liban de l’empire Ottoman, la France avait provoqué une (première, oui une première) guerre civile entre druzes, musulmans chiites de Syrie et les chrétiens maronites du Mont Liban. Bien avant la solution finale d’Hitler, l’intégrisme juif a été provoqué et encouragé en sous main à la fin du XIXème siècle par les pays européens pour se débarrasser d’une partie de leurs populations d’origine juive en les incitant à partir « ailleurs » dans un premier temps en Ouganda et ensuite, "manque de pot" pour les palestiniens en Palestine te ce n’est pas hasard que le Moyen Orient est devenu le « foyer national juif » et la nouvelle destination du « peuple élu » quand on sait les énormes ressources pétrolières que recèlent les sous-sols de cette région du monde. Pour faire imploser l’ex-Yougoslavie, l’impérialisme américain et ses satellites européens ont provoqué une guerre civile et religieuse entre les différents peuples de la fédération yougoslave.

Bien avant de créer Ben Laden et ses acolytes et bien avant de mener leur croisade anticommuniste en Afghanistan, les Etats-Unis et l’Occident capitaliste avaient déjà suscité et encouragé en sous main le fondamentalisme religieux musulman à la fin des années 1960 en Arabie Saoudite et au Pakistan qui, pour lutter contre le marxisme « athée » dans le monde arabo-msulman, ont créé en 1969 l’OCI ( Organisation de la Conférence Islamique) qui groupe aujourd’hui 56 Etats et avait et continue à financer des écoles coraniques et des mouvements intégristes un peu partout dans le monde arabo-musulman. L’ennemi communiste n’existant plus, l’intégrisme musulman a été recyclé par l’idéologie capitaliste et l’impérialisme pour devenir aujourd’hui un moyen d’abrutissement des masses, un enjeu dans la lutte politique capitalistes et un moyen de diversion pour masquer les questions essentielles engendrées par un capitalisme agonisant que sont le chômage de masse, la misère et la pauvreté et les solutions misérabilistes qui leur sont affectées, charité, associations caritatives, soupe populaire etc.

La propagande politique officielle focalise les regards sur le seul intégrisme musulman et sur les sectes, la scientologie etc mais elle passe sous silence, après tout c’est son rôle, l’intégrisme chrétien instrumentalisé à bon escient par le capitalisme et l’impérialisme. À force d’être abreuvé à longueur de journée de benladeneries, on oublie l’existence de tous ces réseaux et de tous ces mouvements intégristes chrétiens qui travaillent dans l’ombre et qui ont été créés et encouragés par les États capitalistes pour lutter contre le marxisme, le communisme athée mais aussi contre d’autres religions, notamment la religion musulmane. Curieusement, les mass media n’évoque jamais le cas de ce célèbre intégriste que fut le pape Jean Paul II qui avait joué un rôle déterminant dans la renaissance de l’intégrisme chrétien et des partis d’extrême droite non seulement jadis et aujourd’hui dans l’Europe de l’Est mais aussi dans l’Europe de l’Ouest et qui est considéré à juste titre comme le fossoyeur du bloc communiste. La propagande capitaliste ne dit pas un mot sur les intégristes chrétiens de l’Opus Dei, sur ceux de mouvement charismatique et la Légion du Christ qui sont l’équivalent des mouvements intégristes musulmans et qui forment les réseaux informels de propagande pour les partis de la démocratie chrétienne qui ont gouverné et qui gouvernent aujourd’hui certains pays européens. Ajoutons à cela les partis d’extrême droite en Europe qui sont en réalité des mouvements et des réseaux intégristes chrétiens, xénophobes et racistes, maquillés en partis politiques grâce à la complaisance et au soutien souterrain apportés par les Etats capitalistes et par l’impérialisme et dont le rôle consiste à lutter contre le communisme mais aussi contre les musulmans et la religion musulmane.

Aujourd’hui, avec l’irruption de la carte islamiste dans la Tunisie de l’après Ben Ali, nous sommes sûrs que derrière cette nouvelle cuisine politique, il y a la main invisible des néo-colonisateurs et de leurs marionnettes autochtones. 

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : Tunisie, islamisme, intégrisme, religion, capitalisme, impérialisme.