RÉFORMES AU MAROC :

EFFETS D’ANNONCE ET COSMÉTIQUE POLITIQUE

 

Pris de panique après les « révolutions » tunisienne et égyptienne et la révolte libyenne, les tyrans du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord font feu tout bois pour retarder l’heure de leur déchéance en faisant du replâtrage institutionnel grâce aux conseils amicaux de leurs maîtres en Europe et aux Etats-Unis qui possèdent une longue et sacrée expérience dans ce que Alliot-Marie, l’ancienne ministre Française des Affaires poussée à la sortie pour ses relations d’affaires avec l’ancien président tunisien déchu, Ben Ali, la « gestion des foules ». Pour nous assurer que tous les tyrans du Moyen Orient et d’Afrique du Nord lisent bien le même manuel et la même table des matières, il suffit d’écouter leurs discours qui répètent tous les mêmes mots qui sont utilisés aussi bien par les rois du Maroc, de Jordanie d’Arabie Saoudite ou du Bahreïn que par le président yéménite et le président algérien. Ce qui est remarquable dans l’attitude de ces tyrans, c’est leur volte-face soudaine en devenant du jour au lendemain des « réformateurs » et des « démocrates » et en découvrant soudainement les vertus des réformes politiques et institutionnelles, alors qu’avant les révoltes des peuples arabes, personne ne les entendait parler ni de réformes ni de démocratie qui, faut-il le dire franchement, étaient et elles sont toujours le cadet de leurs soucis.

 

Les réformes institutionnelles du roi du Maroc sont présentées par les mass media de l’Occident capitaliste comme un remède miracle aux problèmes sociaux du peuple marocain, un événement majeur et elles inaugurent une nouvelle ère politique. Ce tapage médiatique autour des réformes du roi Mohammed VI n’est en réalité qu’une mise en scène, des effets d’annonce et de la cosmétique politique pour faire croire au peuple marocain et au-delà aux peuples arabes que quelques bricolages institutionnels et quelques replâtrages dans la sphère politique suffiraient pour résoudre leurs problèmes pressants qui sont le chômage, la misère et l’analphabétisme. La question que l’on se pose à cet effet, en quoi la modification de quelques articles dans la constitution marocaine ou le dessaisissement du roi de quelques pouvoirs insignifiants pourraient-ils contribuer à résoudre le problème de la pauvreté qui frappe plus que la moitié des marocains et celui de l’analphabétisme qui avoisine le 60% ?

 

Pourquoi donc tout ce tapage des mass media dans l’Occident capitaliste en général et en France et aux Etats-Unis en particulier, qui se transforment à l’occasion en simples représentants de commerce et en agents commis pour assurer le service après vente des réformes du roi du Maroc ? À cette question, il y a deux réponses possibles. La première réponse est que le Maroc représente un lieu hautement stratégique et une zone franche pour le capital transnational et pour les multinationales qui exploitent comme bon leur semble une main d’œuvre corvéable. Si ce sont les Etats-Unis et la France qui assurent le service après vente des « réformes politiques et constitutionnelles » de Mohammed VI, on s’en doute bien, c’est à cause de la présence massive d’entreprises et de multinationales américaines et françaises au Maroc. La deuxième réponse est le traumatisme subi par le monde capitaliste occidental suite aux deux « révolutions » tunisienne et égyptienne et qu’il cherche désormais désespérément à contenir la poussée révolutionnaire des peuples arabo-musulman et à éviter sa contagion à d’autres régions du pourtour méditerranéen et du golfe arabique.

 

Au fond, les réformes politiques et constitutionnelles du roi du Maroc sont des réformes en trompe-l’œil, des simples effets d’annonce et de la cosmétique politique concoctés par des grands cabinets américains et français spécialisés dans la communication et la manipulation psychique des masses. Les réformes politiques et constitutionnelles promises par le roi du Maroc et relayées dans l’Occident capitaliste à grands renforts médiatiques n’auront aucuns effets sur la vie quotidienne des victimes du capital et les problèmes majeurs de l’écrasante majorité du peuple marocain continuera à patauger dans la pauvreté et la misère La démocratie promise par l’Occident n’est que de la poudre aux yeux, car cette démocratie à l’occidentale n’est autre chose qu’une technique de gouvernement assez astucieuse pour cacher les mécanismes de l’exploitation capitaliste et pour faire participer les exploités et les victimes du capital, avec leur propre consentement, à la gestion de leur propre exploitation et à celle de leur propre domination politique, économique et sociale.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Maroc, réformes, capitalisme, manipulation politique